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Témoignage : une forteresse volante en détresse

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Courrier envoyé par Marcel Buhannic à la mairie, le 6 septembre 2008

Forteresse volanteguillemetC'était le samedi 6 mars 1943... aux jours les plus sombres de l'Occupation... J'avais alors presque 17ans et nous habitions à proximité immédiate de l'école, et donc de la Kommandantur qui s'y était installée. C'était un lieu d'observation privilégié.

Le bourg de Saint-Jean connaissait à cette époque une forte densité d'occupation allemande, entre la Kommandantur elle-même et les différents cantonnements répartis dans les fermes aux alentours immédiats du bourg pour le logement des hommes et des chevaux (Pennilis, Liaou, Kergréach, Kerbleust et même Botégao je crois). Mais ce jour-là nos "visiteurs" étaient encore plus nombreux que d'habitude car des compétitions sportives étaient organisées entre les unités de la région, et des équipes venues de d'autres garnisons étaient sur place. Les épreuves étaient en cours dans la campagne environnante.

En plus, sur la route de Tronoën, à quelques trois kilomètres à l'Ouest de Saint-Jean, à Lanvoran exactement (embranchement de la route de Beuzec) était implantée une batterie d'artillerie hippomobile de campagne de 4 canons avec un effectif de 120 hommes environ.

 

Vers 15 heures, j'étais à la maison quand j'ai entendu ma jeune soeur Thérèse (4 ans) appeler : "Maman! Maman! Viens vite!! Viens vite!! Il y a des lunes qui tombent du ciel!!" Il y avait effectivement, déjà en l'air, dans la direction de Plomeur, quatre ou cinq corolles blanches de parachutes qui dérivaient en venant sur nous et d'autres continuaient à s'ouvrir.

Leur apparition a aussitôt déclenché la panique dans le camp germanique, évidemment très surpris. "Alerte générale!" Tous courraient, dans tous les sens, dans toutes les tenues, tous l'arme à la main. Même les malades de l'infirmerie, ... dont un sous-officier, déjà repéré par tous pour sa brutalité..., se sont armés pour la poursuite. Nous n'étions évidemment pas mécontents de les voir s'affoler ainsi ... et nous espérions surtout qu'ils échoueraient dans leur chasse à l'homme.

Malheuresement, les aviateurss sinistrés, abandonnaient leur "forteresse volante", qui naviguait approximativement sur l'axe Lesconil-Tréguennec, dans les pires conditions :

  • en plein jour ;
  • avec des parachutes blancs et des combinaisons de vol de couleur orange repérables de loin ;
  • sur une zone de terrain ne comportant aucun couvert valable ;
  • en plein milieu du dispositif ennemi, puisqu'une des portes de l'avion a atterri, en virevoltant, dans le village m^me, non loin de Kerbleust sur la route de Tronoën.

Tout jouait donc contre eux. Ils étaient en l'air une douzaine de malheureux pratiquement sans arme, attendus au sol par au moins deux cents allemands, déjà répartis sur le terrain. Ils ont été, pour la plupart, très vite rejoints, et finalment un seul a réussi à se cacher et à échapper aux recherches.

Le Lieutenant Gérald Simmons, probablement copilote, a dû sauter dans les derniers, après ses hommes. Il s'était posé, avant que ses poursuivants ne le rejoignent, à coté de Kergroës, (sur la route de Tronoën, après Kerbleust). Il se dissimulait derrière la haie perpendiculaire à la route du côté Sud au droit de la croix de granit, occupé à regrouper et à dissimuler son parachute, lorsque le fameux sous-officier, sorti de l'infirmerie, et monté sur le talus un peu plus loin, l'a apperçu et abbatu, sans sommation, alors qu'il ne fuyait même pas et ne menaçait personne (renseignement recueilli quelques jours plus tard auprès d'un témoin de Kérioret qui était sur place dans son champ). A l'époque, pour certains, la vie d'un homme ne valait rien... et la haine régnait! Nous connaissions tous le nom de ce sous-officier et on pourrait encore sans doute le retrouver en interrogeant des anciens du bourg.

Les autres parachutistes ont été ramenés, l'un après l'autre, vers la Kommandantur par les patrouilleurs armés qui les avaient arrêtés. J'ai gardé le souvenir de l'un d'entre eux, venant de la route de Plonéour : un solide gaillard de 1,85m, ou plus, encore équipé de sa combinaison de vol orange et de ses accessoires techniques radio, qui parfaitement décontracté, se retournait au carrefour, pour interroger le gardien qui le suivait l'arme à la main, sur la nouvelle direction à prendre. Bien que prisonnier, il n'avait manifestement pas un moral de vaincu! Son gardien, nettement plus petit que lui, en était ridicule.

 

Regroupés tous dans un car réquisitionné, venu de Plozevet, (Cars Ansquer si je me souviens bien), sans doute pour être conduits auprès des officiers de renseignement, ils n'ont pas pu ignorer le soutient moral de la population. Le car était garé devant la maison Clorennec et en attendant leur départ, les jeunes, qui risquaient moins les représailles, ne les ont pas quittés, malgré la rugosité des sentinelles allemandes. Les signes d'amitié, obligatoirements discrets, remplaçaient les paroles mais nous nous sommes compris! Dans le brouillard de l'Occupation, le fait de les avoir vus, même dans ces tristes circonstances, a constitué pour nous un rayon d'espoir, un baume au coeur, tout simplement parce que s'était la preuve que des gens se battaient pour nous en sortir.

Plus tard, dans la soirée, la dépouille du Lieutenant Simmsons a été ramenée au bourg et placée dans la salle du restaurant (actuellement le Vent d'Ouest), sous la garde de la toupe allemande. Dans un premier temps les obsèques étaient prévues pour le lendemain dimanche 7 mars mais, dès l'heure de la messe dominicale, il y avait déjà foule à Saint-Jean et l'après midi c'est tout le canton qui était arrivé. Le téléphone bigouden avait fonctionné! A tel point que la Kommandantur a décidé de reporter la cérémonie, qu'elle aurait évidemment, souhaitée discrète, en espérant sans doute que le lundi, jour ouvrable, il y aurait moins de monde. Mauvais calcul! Le lundi la foule était encore plus dense et les fleurs plus nombreuses et il leu a fallu se résoudre à procéder quand même à l'inhummation, dans la tombe préparée sur le coté sud de l'église.

Pendant que le convoi se dirigeait vers le cimetière tout le monde pointait du doigt le sous-officier coupable, qui suivait le cercueil avec lme peloton d'honneur. Il ne devait pas se sentir à l'aise...!

Au cimetière, sans doute destabilisé par l'émotion, le jeune officier allemand chargé de prononcer l'allocution d'adieu, n'a pas pu la terminer, et a dû être remplacé pour la fin? Il aurait appris, quelques jours plus tôt, la mort de son frère, en Russie.

Enfin, à la mise en terre, la salve d'honneur a retenti, effrayant le groupe des plus jeunes enfants que la curiosité avait poussé au premieres loges, à l'extérieur du imetière, le long du mur Sud et qui ne s'attendaient pas au tir. Ils ont fui comme une volée de moineaux, et les parents n'étaient pas du tout rassurés par leur fuite désordonnée. Heuresement ce n'était rien ...

 

Quelques mois plus tard, fin 1944 ou début 1945, j'ai eu le triste privilège d'assister les soldats Américains qui sont venus exhummer la dépouille du Lieutenant Simmsons pour le conduire, au cimetière de Saint James dans la Manche, avec celles de tous ses camarades tués en Bretagne au cours de la guerre. J'avoue que j'étais triste de le voir partir... Il faisait partie des nôtres... Bien sûr, comme tout soldat qui disparaît, il est mort d'abord pour sa propre Partie : les Etats Unis d'Amérique..., mais aussi, ne l'oublions pas, pour notre liberté à nous tous! Les anonymes qui ont fleuri sa tombe pendant plusieurs mois l'avaient d'ailleurs bien compris.

A ce titre, il a droit à toute notre reconnaissance et je pense qu'il mériterait qu'on dédie à sa mémoire une plaque-souvenir sur notre Monument aux Morts. Il serait en effet dommage que les jeunes de maintenant et ceux des générations à venir ignorent ce qui s'est passé chez eux.

Récemment, grâce à Internet, j'ai appris, qu'après la fin de la guerre, ses cendres avaient été ramenées aux Etats Unis et qu'il repose finalement chez lui, dans un cimetière privé de l'Utah. Souhaitons que sa terre natale lui soit douce et légère et qu'il repose en Paix!

 

Marcel Buhannic

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PS : Je n'ai malheuresement aucun renseignement sur le sort du Capitaine (sans doute le pilote) qui, ayant sauté le dernier, a atteri dans le secteur de Kerbascol, moins quadrillé par les poursuivants, auquels il a réussi à échapper. Peut être y a t-il encore des anciens qui pourraient donner des détails sur l'affaire et aider à écrire la suite de l'histoire...